|
Bien que le Smic soit fixé officiellement aux alentours des 2000 DH au Maroc, beaucoup de celles et de ceux qui travaillent pour le compte de patrons prestataires de services, que ce soit en qualité de gardien, d’agent de sécurité ou de femme de ménage, le font trop souvent pour bien moins, parfois moitié moins mais toujours selon le bon vouloir du patron. Tous n’ont toutefois pas la chance d’habiter chez leurs parents ou d’être entassés en groupe dans une même pièce durant leurs heures de repos, et quant aux autres, ils doivent se débrouiller tant bien que mal et survivre dans l’attente de l’évolution trop incertaine d’une meilleure situation… Tout ce qu’ils savent en fait, c’est que si leur employeur était obligé de les déclarer et de leur offrir un équivalent Smic, ils n’auraient plus aucune chance d’être embauché. Jusqu’ou ces affairistes avides de profits vont-t-ils oser aller dans cette démarche de baisse chronique des salaires et de dérèglementation du travail qui n’accorde plus aucune protection à ces hommes et ces femmes de bonne volonté ? Le rôle de l’Etat ne serait-il pas d’intervenir et de faire respecter la loi sur le salaire minimum et le respect du code du travail ?
Une telle montée en puissance de ces nouveaux patrons esclavagistes, qui n’hésitent pas à brader les prix, pour décrocher à tout prix les marchés qu’ils savent qu’ils ne peuvent honorer qu’au travers de l’exploitation d’un personnel qu’ils n’hésitent pas à faire venir du bled, de la rue ou d’ailleurs, n’est-elle pas un frein à toute avancée économique ? Personnel pour la plupart dépourvu de professionnalisme pour n’avoir reçu aucune formation, dont la rémunération très en deçà du Smic n’excède pas les 1200 dirhams/mois (700 dirhams/mois pour une femme de ménage), ce qui permet à ces employeurs véreux de faire au passage quelques substantielles économies, aux dépens de la qualité et de la réalisation de leur mission qui reste partielle et dont ils n’ont que faire puisque venus là juste pour se remplir les poches. Ce sont ces mêmes patrons qui oublient du même coût de régler leurs cotisations sociales, leur police d’assurance des risques découlant de leur activité professionnelle et j’en passe.
Ce message, je souhaite l’adresser à ceux qui ont en charge la passation des marchés publics et qui manient avec virtuosité cette politique du moins-disant, en acceptant le prix le plus bas, sans se soucier le moins du monde du Code du Travail, cela afin d’éviter de se faire taper sur les doigts, ce qui a indéniablement pour effet de contribuer généralement à la marginalisation et à l’appauvrissement de celles et de ceux que par entreprises interposées ils exploitent, ce qui à pour conséquence de ternir encore un peu plus l’image déplorable qu’ont les médias de la sécurité privée au Maroc et que les quelques professionnels que nous sommes essayons tant bien que mal de sauvegarder. Le problème de fond demeure : mise à part le prestataire de services qui apparemment échappe à tout contrôle, qui va payer les pots cassés ? Les salariés dont le prestataire tire profit ? Le Maître d’œuvre qui ferme volontairement les yeux et/ou sa clientèle qui est loin d'ignorer la gravité de la situation? L’Etat qui n'entrera sûrement pas dans ses comptes ?
Voilà ce qu’il en résulte de trop souvent octroyer des marchés à des moins disant : Deux morts à Sidi Othman, à Casablanca, dont un agent de la protection civile, six blessés dans l'effondrement d'un plafond au chantier de la nouvelle gare routière de Tétouan, dix blessés lors de l’effondrement d’une structure en cours de montage sur le chantier de la future plate-forme de stockage située dans l’enceinte d’une société à Casablanca. Et puis il y a ce très grave incendie dans une usine de Casablanca qui a entrainé la mort de 55 personnes dont plusieurs femmes.
Nous ne sommes pas non plus sans savoir que dès lors qu’un gardien perçoit un revenu de 1200 dirhams par mois pour 12 heures de travail de jour comme de nuit, parfois sans aucun repos compensateur hebdomadaire et trop souvent sans aucune couverture sociale, il est indéniable qu’il ne peut vivre décemment et de ce fait participer à la vie économique de son pays qui s’en trouve ralentie du fait de sa très faible contribution.
Vous qui pourriez encore doutez de la véracité de ces écrits, je vous invite à faire le tour des services publics, et là vous vous apercevrez très vite qu’il y a de quoi s’interroger sur les efforts qui restent à faire en matière de législation et de réglementation.
DB
|